
Visconti aurait été pour vous un homme qui l’aurait même emporté sur votre père?
Je cherchais quelqu’un avec qui m’enfermer et vivre. Vivre avec quelqu’un et travailler moins, tourner moins de films — mais je n’y ai jamais réussi. C’est pourquoi je suis parfois tellement dans la m…e.
Maintenant vous reletez la responsabilité sur vos films, comme si eux vous avaient rendue «inadaptée à la réalité».
C’est pourtant bien moi qui décide de mon sort. J’aurais pu dire : «Fini, plus de film, plus de Sissi. Retour à la vie quotidienne normale, retour à l’internat.»
Avez-vous des lettres d’Alain Delon?
Delon, lui, n’écrivait que des billets. Le plus long a été celui où il m’abandonnait. Il m’a honteusement trompée. J’étais en tournage en Amérique. Je suis revenue, l’appartement à Paris était vide, plus personne. Un bouquet de roses, un papier à côté, sur lequel était écrit : «Je suis parti à Mexico avec Nathalie, Salut, Delon.»

Il restait du grand amour un type qui envoie un bouquet de roses et un bout de papier
Il était lâche, mais c’était très beau. C’était un petit bourgeois macho. Il était seulement ambitieux, il voulait faire carrière et avoir un jour l’appartement plein de Renoir.
Avez-vous attendu un homme aussi longtemps que votre mère a attendu votre père?
Cinq années de crainte sans répit ou de «pas vivre ensemble» avec Delon suffisent. C’était douloureux. Ca faisait mal.
Dans une situation comme maintenant, où vous allez mal, pourriez-vous téléphoner à Alain, serait-il là pour vous?
Je pourrais l’appeler s’il était seul.
Pourrait-il y avoir de nouveau une étincelle entre vous et lui quand vous tournerez un film, comme c’est prévu pour l’automne?
Certainement pas. Mais nous ne nous haïssons pas. Nous pouvons et aimons nous souvenir. Tout est déjà si lointain! Il n’es pas du tout désagréable de le revoir.
A qui téléphonez-vous quand vous allez mal? A votre mère?
J’appelle ma mère et quelques amis. Il faut bien parler à quelqu’un, quand on est down, c’est tout à fait égoïste. On essaie de ne pas s’effondrer. Ces derniers mois et semaines j’ai senti pour la premières fois quels sont mes vrais amis, peu importe où, en Allemagne ou en France
Ce Will Tremper, qui vous a écrit une lettre ouverte dans la Bunten («Nous t’aimons, espèce d’idiote.», fait-il également partie de vos amis?
Le tutoiement est une réminiscence de l’époque de Sissi. (Pas la peine de s’étendre sur ce sujet).
Tous les gens qui vous ont dit un jour : «Appelle-moi, quand ça ne va pas, jour et nuit», ceux-là on peut les oublier. Si on le fait, ils sont absents, ou font dire qu’ils le sont.

Les réservez-vous au moins pour plus tard, quand vous aurez surmonté la crise?
Ce ne sont des amis que parce que je suis Romy Schneider. Je suis encore….
Et elle ne veut plus être mignonne, elle veut enfin retourner les coups? Vous ne voulez plus vous laissez avoir par des bonshommes tel que votre mari actuel?
J’essaie de me défendre, il me faut apprendre à le faire. Mais je ne dis rien à mon mari. Je garderai mon enfant et je ne me laisserai plus faire de mal. Cela parce que je veux enfin vivre ma vie, si c’est encore possible….
N’avez-vous pas toujours vécu comme vous avez voulu?
Il n’y a toujours eu que des moments et, puisque ma vie était déterminée à quatre-vingts pour cent par ma profession, il ne pouvait y avoir que des moments. J’ai longtemps accompagné Alain à ses tournages et je me suis dit : nom de D…, pourquoi est-ce que je ne pourrais pas travailler avec René Clément?
Et pourquoi êtes-vous toujours retournée à votre métier?
Que pouvais-je donc faire? Je n’ai rien appris d’autre.

Qu’est-ce que cela veut dire, vous n’avez appris rien d’autres? Vous êtes une bonne comédienne et avez fait de bons films?
Je ne peux plus me voir. Qu’ai-je donné aux hommes en dehors de Sissi, toujours Sissi….?
Il existe des films de vous qui sont bien plus importants que Sissi. Lesquels, désigneriez-vous parmi les meilleurs?
Leni, dans Portrait de groupe avec dame, était un rôle très important pour moi.
Parce que cette Leni était tellement allemande, est tellement allemande. Mais surtout parce que j’ai fait la connaissance de Böll. Il a un intérieur dépouillé, tout est à sa place. Quand je suis arrivée chez lui, il y avait une couronne de Noël. Il était tranquillement assis à sa table, et l’ai bien aimé immédiatement, ainsi que toute cette ambiance. Il se montrait tellement simple avec moi. Il disait : les toilettes sont là, à droite, Romy. Je crois qu’il m’aimait bien aussi. J’aimais en général tous les rôles qui étaient les plus horribles. Trio infernal, par exemple, c’était bien. Parce que ces rôles ne me concernaient pas, parce que ce n’était pas moi, parce que je n’avais pas besoins d’être aimable. Puis Le Procès avec Orson Welles…à propos, que fait-il Orson Welles, à présnet?
Il fait de la publicité. Il est assis, gros et rond, à une table et lève son verre de vin. Il ne veut plus tourner de films. Il dit : «Ce que je voudrais, je n’ai pas le droit de le jouer, et je ne veux pas de ce que je pourrais jouer.»
Faites comme lui. Si vous ne pouvez plus supporter de vous voir, tournez moins de films.
Mais il faut que je tourne, j’ai besoin d’argent
Ne vous dites pas que vous ne pouvez pas vivre de ce que ous avez gagnée jusqu’à maintenant.
Non, il faut que je tourne encore cette année, ensuite, je pourrai faire une pause. Il faut que je m’arrête, il faut que me trouve enfin moi-même.
L’un de ces hommes avec lesquels vous avez vécu, n’aurait-il pas pu dire : arrête de faire des films, nous allons chercher un chez nous, un véritable chez nous, sans Renoir, juste normal?
J’aurais bien aimé. Mais personne n’en a jamais parlé
Détruisez-vous même ce qui vous détruit?
En ce moment je suis trop démolie pour pouvoir me défendre vraiment…
Ce sont là des choses que vous ne pouvez pas comprendre, parce que ce n’est pas votre profession. S’y ajoute qu’en ce moment je peux vraiement difficlement me supporter

Mais vous devez vous rendre compte que vous déclenchez quelque chose de positif chez les gens, comme chez ce M. Fischer hier soir, qui a cherché Sissi plein d’enthousiasme et a trouvé Romy Schneider.
Ah, vraiment? Dans ce cas-là, je devrais effectivement me reposer, puis faire du théâtre pendant quelques années dans une ville où je seris chez moi. Ce ne serait pas nécessairement Paris, ce pourrait aussi être Berlin ou Hambourg.
Où est votre « chez-vous » aujourd’hui?
Chez moi? D’abord il n’y en a pas, ensuite c’est seulement un endroit dans le quartier le plus chic de Paris où tout pue le décorateur, un chez-moi que je ne voudrais pas, et troisièmement il est là parce que je ne trouve rien d’autre. Je cher un logement pour moi et mes enfants
Vous portez toujours sur vous un bout de papier de Max Reinhardt avec la citation de son discours adressé aux comédiens : «Mets ton enfance dans ta poche et sauve-toi car c’est tout ce que tu as à faire.» Vous avez mis trois points d’interrogation derrière cette citation. Pourquoi?
Parce que ce n’est pas si simple de mettre les voiles, parce que jusqu’à présent je n’y ai jamais réussi.
Et si vous ne mettiez pas votre enfance dans la poche, et que vous l’acceptiez sans fuir?
Ce serait bien, je crois, mais je n’y parviens pas encore. Je me rappelle si peu de choses de mon enfance : elle consistait principalement en films.
Soit vous êtes très sauvage, très introvertie, ou alors vous aimez vous exhiber au monde entier. Comment peut-on vivre avec ces extrêmes?
Mal. Il s’agit de simplement continuer à vivre — ou continuer à tourner. Je continuerai à vivre — et vraiment bien!

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