Qu’ils étaient doux ces jours de mon enfance Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin, je coulai ma douce existence, Sans songer au lendemain. Que me servait que tant de connaissances A mon esprit vinssent donner l’essor, On n’a pas besoin des sciences, Lorsque l’on vit dans l’âge d’or ! Mon coeur encore tendre et novice, Ne connaissait pas la noirceur, De la vie en cueillant les fleurs, Je n’en sentais pas les épines, Et mes caresses enfantines Étaient pures et sans aigreurs. Croyais-je, exempt de toute peine Que, dans notre vaste univers, Tous les maux sortis des enfers, Avaient établi leur domaine ?
Nous sommes loin de l’heureux temps Règne de Saturne et de Rhée, Où les vertus, les fléaux des méchants, Sur la terre étaient adorées, Car dans ces heureuses contrées Les hommes étaient des enfants.
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’âme, Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, – heureux comme avec une femme.
Cette nuit troublée Par un passé déchiré, Ne nous a pas réunis Comme c’était promis… Cette nuit agitée De rêves tourmentés, Ne nous a pas donné Cet amour espéré… La clarté d’une étoile A levé le voile Sur le mystère de ton départ Mon coeur, dernier rempart Crie son infortune Qu’arrète de briller la lune Pourquoi scintillent les étoiles Si tu n’es pas dans ma toile? De cette nuit irréelle Subsistera mon appel Celui qui nous divise… Quand nos coeurs se brisent… Que le jour cesse de se lever, Si je ne puis te toucher…. Que s’éteignent les lustres du ciel Jusqu’à ton retour providentiel…. Que descendent les brillantes Sur ma vie défaillante Notre foi agissante Fera jaillir l’instant Où nos coeurs frémissants Lieront nos serments…
Notre rencontre à la croisée de mon destin a levé les rideaux sur de nouveaux matins. Je me lève avec l’abandon de ma tendresse sans craindre de tomber dans le torbillon de l’ivresse. Je croyais perdre la tête au premier désir, j’ai plutôt retrouvé mon coeur habillé de plaisir. Hier mes souvenirs criaient avec une profonde détresse : « Ne vous laissez pas prendre, l’amour blesse ! » Aujourd’hui, mon émerveillement accueille tes caresses et proclame « l’amour guérit ! » Arrive le temps où ta présence dans mon esprit devient plus vraie que l’absence de ton corps ; le temps où ton silence communique des accords avec lesquels je chante mon rêve dépassé par la réalité ; ce temps béni où j’ose croire à la magie de l’éternité.
Tant je sens ma vie enlacée A la radieuse pensée Qui m’a pris l’âme l’autre été,
Tant votre image, à jamais chère, Habite en ce coeur tout à vous, Mon coeur uniquement jaloux De vous aimer et de vous plaire ;
Et je tremble, pardonnez-moi D’aussi franchement vous le dire, A penser qu’un mot, un sourire De vous est désormais ma loi,
Et qu’il vous suffirait d’un geste. D’une parole ou d’un clin d’oeil, Pour mettre tout mon être en deuil De son illusion céleste.
Mais plutôt je ne veux vous voir, L’avenir dût-il m’être sombre Et fécond en peines sans nombre, Qu’à travers un immense espoir, Plongé dans ce bonheur suprême De me dire encore et toujours, En dépit des mornes retours, Que je vous aime, que je t’aime !
Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes. Tout, la haine et le deuil ! Et ne m’objectez pas Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.
Ecoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle, Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle, Vous dites à l’oreille du plus mystérieux De vos amis de coeur ou si vous aimez mieux, Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire, Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre, Un mot désagréable à quelque individu.
Ce mot – que vous croyez que l’on n’a pas entendu, Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre - Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre; Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin, Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main, De bons souliers ferrés, un passeport en règle ; Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle ! Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ; Il suit le quai, franchit la place, et cætera Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues, Et va, tout à travers un dédale de rues, Droit chez le citoyen dont vous avez parlé. Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé, Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive Et railleur, regardant l’homme en face dit : « Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »
Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j’habiterai dans l’une d’elles, puisque je rirai dans l’une d’elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire...
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